Dans un communiqué publié le jeudi 8 octobre 2026, le parquet spécial près la CRIEF défend la régularité de la garde à vue de l’administrateur général d’AGB2A-GIC. Il évoque des mouvements financiers jugés suspects autour de la société Guinean Brain Touch (GBT), des retraits massifs en espèces et des soupçons de dissimulation du bénéficiaire effectif de 30 % du capital de cette entreprise minière.
Le bras de fer entre la société minière AGB2A-GIC et le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) se poursuit. Au lendemain du communiqué de l’entreprise contestant les accusations visant son administrateur général, Ahmed Tidiane Kanté, le parquet a apporté des précisions sur les éléments à l’origine de l’enquête préliminaire.
Dans son communiqué référencé N° 606/CRIEF/PPS/2026, daté du 8 octobre 2026, le parquet affirme que la garde à vue d’Ahmed Tidiane Kanté, ainsi que celle d’autres personnes interpellées dans le cadre de cette affaire, intervient à la suite d’une saisine formalisée de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF).
Les investigations portent notamment sur des faits présumés d’évasion fiscale, de blanchiment de capitaux, de corruption et d’infractions assimilées. Des accusations que la justice entend examiner à partir des opérations financières réalisées autour de Guinean Brain Touch (GBT), société détentrice d’un permis minier sur le site de Tamita et dans ses environs.
Des interrogations autour du paiement des royalties minières
Au cœur des investigations figurent les relations financières entre GBT et les sociétés AGB2A-GIC et SD Mining, qui exploitent des parties du permis minier dans le cadre d’un contrat d’amodiation.
Selon le parquet spécial, ces deux entreprises étaient tenues de verser des royalties à GBT. Toutefois, l’examen des opérations bancaires aurait révélé une différence importante dans les paiements : les versements proviendraient principalement de SD Mining, tandis qu’aucun paiement n’aurait été constaté de la part de GIC.
L’analyse des comptes de GBT aurait également mis en évidence d’importants mouvements financiers, alimentés notamment par les royalties minières et des dépôts en espèces. Du côté des dépenses, le parquet relève des retraits de liquidités, des paiements aux actionnaires et des virements récurrents vers des sociétés liées, dont Camen Ressources, présentée comme appartenant à l’actionnaire majoritaire.
Ces opérations font partie des éléments dont les enquêteurs cherchent à établir la nature exacte et la justification économique.
Almamy David Sylla au centre des soupçons
Une partie importante du dossier concerne Almamy David Sylla, actionnaire détenant 30 % du capital de GBT.
D’après le parquet, les versements correspondant à ses parts de royalties auraient été suivis de retraits massifs par chèques effectués par des tiers, notamment des personnes identifiées comme des cambistes.
Le ministère public affirme que plus de 90 % des montants concernés auraient ainsi été retirés par des tierces personnes, sans justification économique suffisante ni identification claire du bénéficiaire final des fonds.
Les enquêteurs s’interrogent également sur des écarts entre les sommes annoncées comme versées à l’actionnaire et celles retrouvées sur certains de ses comptes bancaires.
Pour illustrer ces anomalies présumées, le parquet indique qu’en 2023, Almamy David Sylla aurait perçu 619 345 dollars au titre de ses parts de royalties, soit environ 5,388 milliards de francs guinéens. Cependant, seuls 2,986 milliards de francs guinéens auraient été effectivement crédités sur le compte concerné, selon les éléments présentés dans le communiqué.
Ces différences alimentent les interrogations de la justice sur la traçabilité des fonds et leur destination finale.
Un versement de 2 millions de francs guinéens attire l’attention de la justice
Autre élément mis en avant : un versement de 2 millions de francs guinéens effectué par Ahmed Tidiane Kanté sur un compte bancaire d’Almamy David Sylla, peu après l’ouverture de celui-ci dans un nouvel établissement financier.
Pour le parquet, cette opération, bien que modeste au regard des montants en jeu, mérite d’être examinée en raison des responsabilités successivement exercées par Ahmed Tidiane Kanté dans le secteur minier.
Le communiqué rappelle qu’il a notamment dirigé la Société guinéenne du patrimoine minier (SOGUIPAMI), avant d’occuper des responsabilités au sein d’AGB2A, puis de GIC.
Le ministère public estime que ce versement, rapproché d’autres mouvements bancaires et de changements intervenus dans la domiciliation des comptes, pourrait révéler l’existence d’un contrôle indirect sur le compte d’Almamy David Sylla.
Il avance ainsi l’hypothèse que cet actionnaire pourrait agir comme prête-nom pour dissimuler le bénéficiaire effectif des 30 % du capital de GBT, bénéficiaire que le parquet soupçonne d’être Ahmed Tidiane Kanté.
À ce stade, cette hypothèse constitue une piste d’enquête et non un fait judiciairement établi.
Plus de 25 milliards de francs guinéens en deux ans
Les montants évoqués par le parquet donnent une idée de l’ampleur des flux financiers examinés. Entre janvier 2023 et décembre 2024, Almamy David Sylla aurait reçu plus de 25,434 milliards de francs guinéens au titre de ses parts de royalties.
Or, selon le communiqué, le solde de l’un de ses comptes s’élevait à environ 715,9 millions de francs guinéens à la fin de décembre 2024, soit moins de 3 % du montant total annoncé.
Le parquet affirme par ailleurs qu’à l’exception de certaines opérations attribuées directement à Almamy David Sylla, près de 90 % des autres montants auraient été retirés par des tiers, parfois les mêmes personnes intervenant sur des comptes ouverts auprès de deux établissements financiers distincts.
La justice cherche notamment à déterminer si ces retraits correspondent à des opérations régulières ou s’ils ont servi à masquer la destination des fonds.
Des transferts vers l’étranger également examinés
Les investigations ne se limiteraient pas aux comptes bancaires détenus en Guinée. Le parquet évoque également des transferts financiers vers l’étranger, notamment à destination de Chypre.
Il s’interroge sur la justification économique de paiements qui auraient été effectués au profit d’un club de football établi sur cette île méditerranéenne, ainsi que sur l’existence éventuelle de contrats de prestations de services et de conventions d’assistance technique susceptibles d’avoir facilité des transferts indirects de bénéfices hors de Guinée.
Le ministère public soupçonne également l’utilisation possible d’intermédiaires et de structures étrangères pour dissimuler les liens entre certains acteurs économiques et les bénéficiaires réels des fonds.
Ces éléments pourraient, selon le parquet, justifier des investigations complémentaires sur de possibles faits de faux et usage de faux, d’abus de biens sociaux, de prise illégale d’intérêts, de corruption et de blanchiment de capitaux.
La CRIEF défend la régularité de la procédure
En réponse aux critiques formulées par AGB2A-GIC, le parquet spécial affirme que le placement en garde à vue d’Ahmed Tidiane Kanté a été ordonné par le procureur spécial, conformément aux dispositions du Code de procédure pénale, notamment à son article 85.
Il rejette les accusations de désinformation et réaffirme sa volonté de poursuivre les infractions économiques et financières relevant de la compétence de la CRIEF.
Cette mise au point intervient après la réaction d’AGB2A-GIC, qui avait contesté les accusations visant son administrateur général et mis en cause le fondement de la procédure.
L’affaire entre désormais dans une phase où les investigations devront permettre de clarifier les flux financiers, d’identifier les bénéficiaires effectifs des fonds et de déterminer si les opérations examinées sont constitutives d’infractions.
Il convient de rappeler que les faits exposés dans le communiqué sont, à ce stade, des soupçons et des allégations du parquet spécial. Ils ne constituent pas une déclaration de culpabilité à l’encontre d’Ahmed Tidiane Kanté ou des autres personnes concernées.
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