Après près de 23 mois de détention, le président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL) a recouvré la liberté vendredi 6 novembre 2026. Une libération attendue, intervenue à la faveur d’une grâce présidentielle accordée le 2 octobre par le général Mamadi Doumbouya, à l’occasion de la célébration de l’indépendance de la Guinée.
Arrêté le 26 décembre 2024, alors qu’il s’apprêtait à se rendre en Sierra Leone, Aliou Bah avait été poursuivi pour « offense et diffamation à l’encontre du chef de l’État par le biais d’un système informatique ». Le 7 janvier 2025, le tribunal de première instance de Kaloum l’avait condamné à deux ans d’emprisonnement ferme. Une peine confirmée en appel le 2 mai de la même année.
Cependant l’affaire ne s’est pas limitée aux juridictions nationales. Porté devant la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le dossier a connu un nouveau développement le 25 juin 2026. La juridiction communautaire a conclu à des violations de certains droits du responsable politique et ordonné sa libération immédiate et sans condition.
Cette décision avait placé les autorités guinéennes face à une question de conformité avec leurs engagements judiciaires régionaux. La grâce présidentielle du 2 octobre a finalement constitué le cadre de sa remise en liberté, même si les circonstances de ce dénouement continuent d’alimenter le débat sur la portée respective de la décision communautaire et de la mesure présidentielle.

Si la libération d’Aliou Bah est accueillie comme un soulagement par ses partisans, sa portée politique fait l’objet de lectures différentes. Du côté du MoDeL, la réaction est restée mesurée. Dans un communiqué publié après la libération de son président, la formation politique a exprimé sa reconnaissance envers les avocats, les militants, les organisations de défense des droits humains, les acteurs de la société civile et les professionnels des médias qui ont suivi le dossier pendant ces longs mois.
Le parti affirme avoir poursuivi ses activités malgré l’absence de son leader et réitère son attachement aux principes démocratiques, aux libertés fondamentales et à la primauté du droit.

Quel avenir politique pour Aliou Bah ?
Pendant sa détention, la Guinée a connu de profondes transformations politiques et institutionnelles. De la fin de la transition non respectée en décembre 2024 à la condamnation de l’opposant en janvier 2025, le climat politique s’est progressivement tendu, marqué notamment par l’enlèvement de l’activiste Abdoul Sacko en février 2025 et la grâce accordée à l’ancien président Moussa Dadis Camara en mars de la même année. La présentation d’une nouvelle Constitution, suivie de son adoption par référendum en septembre 2025, a ouvert la voie à la candidature de Mamadi Doumbouya, élu président le 28 décembre 2025 et dont la victoire a été validée en janvier 2026. Par la suite, la dissolution de 40 partis politiques en mars 2026 a accentué la recomposition de l’opposition, déjà fragilisée par l’éloignement de plusieurs de ses figures historiques. C’est donc dans une Guinée politiquement transformée, où les rapports entre pouvoir et opposition restent au cœur des préoccupations, qu’Aliou Bah retrouve finalement la liberté le 6 novembre 2026.
Sa libération pourrait donc constituer un nouveau moment pour le MoDeL. Elle offre à son président la possibilité de reprendre contact avec ses militants, de redéfinir ses priorités et de préciser sa position face aux enjeux politiques du pays.
Reste à savoir dans quelles conditions cette reprise d’activité pourra s’effectuer. La libération d’un responsable politique ne signifie pas automatiquement que toutes les conditions d’un exercice libre et apaisé de l’opposition sont réunies.
L’après-prison d’Aliou Bah pourrait ainsi devenir un nouveau test pour les rapports entre le pouvoir et l’opposition. Car retrouver la liberté est une chose mais pouvoir exercer pleinement ses droits politiques en est une autre.
Fatoumata Kane pour Activeinfo24.com




