La République de Guinée a mobilisé 4 579 milliards de francs guinéens à travers son emprunt obligataire 2026, dépassant largement son objectif initial de 2 500 milliards GNF. À l’occasion d’une conférence de presse organisée le 30 octobre à la Banque centrale, le Gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) est revenu sur les résultats de cette opération, les conditions de sa rémunération à 11 % et ses implications pour l’économie nationale.
Selon les informations communiquées par la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), l’emprunt obligataire 2026, lancé le 25 septembre et clôturé le 23 octobre, a permis de recueillir 4 579 milliards GNF, soit un montant nettement supérieur aux 2 500 milliards initialement recherchés par l’État. Cette opération est assortie d’une maturité de cinq ans et d’un taux de rémunération annuel de 11 %.
Les résultats de cette mobilisation ont été présentés lors d’une conférence de presse organisée le vendredi 30 octobre 2026, à la Banque centrale, avec la participation de la presse nationale et de VOXAFRICA. La rencontre a réuni notamment la ministre de l’Économie et des Finances, le Gouverneur de la BCRG, le Directeur général d’Afriland First Bank ainsi que la vice-présidente de l’Association professionnelle des banques (APB).
Face aux journalistes, le Gouverneur de la BCRG a apporté des éclairages sur les mécanismes de cet emprunt, ses conditions de rémunération et ses effets potentiels sur les équilibres monétaires et financiers du pays.
Un taux de rémunération de 11 % replacé dans son contexte économique
L’un des principaux points abordés au cours des échanges concerne le taux de rémunération de 11 %. Sur cette question, le Gouverneur a insisté sur la nécessité d’apprécier un taux d’intérêt en tenant compte de son environnement économique et financier.
Selon lui, plusieurs paramètres doivent être pris en considération, notamment les risques de crédit, l’inflation, la liquidité, les conditions monétaires et le niveau de développement du marché financier.
Pour illustrer cette évolution, il a rappelé que les taux des émissions obligataires guinéennes étaient d’environ 14 % en 2023, contre 12,5 % en 2024, avant de s’établir à 11 % en 2026. Une évolution qu’il associe à l’assouplissement progressif de la politique monétaire.
En prenant comme référence une inflation d’environ 6 %, le Gouverneur a évoqué un rendement réel indicatif proche de 5 %, tout en précisant que celui-ci reste tributaire de l’évolution effective des prix.
Il a également appelé à la prudence dans les comparaisons internationales, estimant que les différences de régimes de change, de taux directeurs et de maturité des marchés financiers doivent être prises en compte.
Liquidité bancaire : le Gouverneur apporte des précisions.
Autre préoccupation soulevée par les journalistes : les conséquences de cette mobilisation sur les ressources des banques et leur capacité à financer l’économie.
Sur ce point, le Gouverneur a tenu à établir une distinction entre la liquidité bancaire et la disponibilité des espèces. Selon ses explications, les difficultés précédemment observées sur le marché étaient principalement liées à une insuffisance de billets en circulation, provoquée par les délais de commande et de réception des espèces, et non à une crise de liquidité du système bancaire.
Il a notamment rappelé que les opérations de paiement électronique, digital et par chèque avaient continué de fonctionner normalement.
Le Gouverneur a par ailleurs indiqué que les montants mobilisés représentaient une part limitée des ressources financières disponibles dans le pays. Il a toutefois souligné l’importance d’un suivi rigoureux des mouvements de liquidité et du rythme des décaissements du Trésor public afin de préserver la stabilité monétaire et les capacités de financement du secteur privé.
Dans cette perspective, il a insisté sur l’importance d’une bonne programmation des dépenses publiques, notamment leur orientation vers des investissements productifs.
Vers un marché obligataire national plus dynamique
Au-delà du montant mobilisé, le Gouverneur de la BCRG a mis l’accent sur un enjeu de fond : le développement du marché financier national.
Pour lui, la mobilisation de l’épargne intérieure doit progressivement s’accompagner d’une diversification de la base des investisseurs, en encourageant davantage la participation des ménages, des entreprises, des institutions financières et de la diaspora.
La consolidation d’un véritable marché obligataire nécessite également plusieurs conditions, notamment la transparence dans les émissions, une surveillance prudentielle adaptée et des infrastructures sécurisées pour la conservation, le règlement et la livraison des titres.
Le développement d’un marché secondaire, permettant aux investisseurs de revendre leurs titres avant leur échéance, constitue également un élément essentiel de cette dynamique.
À terme, un marché obligataire plus profond et plus liquide pourrait offrir aux entreprises guinéennes de nouvelles possibilités de financement en monnaie nationale et contribuer à diversifier les sources de financement de l’économie.
Un succès financier qui appelle des enjeux de consolidation
Avec 4 579 milliards GNF mobilisés pour un objectif initial de 2 500 milliards, l’emprunt obligataire 2026 constitue une importante opération de mobilisation de ressources sur le marché financier national.
Mais, au-delà de cette performance, les explications apportées par le Gouverneur de la BCRG mettent en évidence plusieurs défis : préserver les équilibres macroéconomiques, renforcer la confiance des investisseurs, développer le marché obligataire et orienter l’épargne nationale vers des investissements productifs.
Autant d’enjeux qui détermineront la portée de cette opération dans le financement du développement économique de la Guinée.
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