La gestion du Fonds national pour l’insertion des jeunes (FONIJ) fait désormais l’objet d’investigations judiciaires. Le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire sur la gestion de cette institution publique depuis sa création, selon une information rapportée par Monde Médias.
Dans une instruction datée du 2 novembre 2026 et adressée au directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) selon Mondemédia, le procureur spécial demande des investigations sur des faits présumés de détournement de deniers publics, de corruption d’agents publics, d’enrichissement illicite et de complicité.
Quatre responsables, anciens et actuel dirigeants du FONIJ, sont concernés par cette procédure. Il s’agit de Mohamed Nabé, directeur général entre 2008 et 2011, d’Ousmane Touré, analyste financier ayant assuré la gestion du fonds entre 2014 et 2019, de Mariama Ciré Baldé, directrice générale de 2019 à 2022, ainsi que d’Abdouramane Baldé, actuel responsable de l’institution.
Plusieurs programmes dans le viseur des enquêteurs
Créé en 2007 et officialisé par décret le 29 juillet 2010, le FONIJ a pour mission de favoriser l’emploi et l’insertion professionnelle des jeunes en Guinée. La gestion de ses financements et de ses différents programmes figure parmi les principaux axes des investigations annoncées.
Selon le média, le procureur spécial évoque notamment le faible taux de remboursement des financements accordés entre 2016 et 2019, ainsi que des interrogations relatives à la gestion du budget de l’institution, qui s’élevait à 5,15 milliards de francs guinéens en 2023.
Les programmes Grand Prix FONIJ, Lassiri et Nexus sont également concernés par les vérifications.
Le Grand Prix FONIJ, destiné à promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes, aurait mobilisé une enveloppe estimée à 1,3 milliard de francs guinéens. De son côté, le programme Lassiri vise la formation et l’autonomisation de 1 100 jeunes filles, avec notamment le financement de 100 microprojets.
Quant au programme Nexus, il est consacré à l’incubation et à l’accélération de projets innovants, notamment dans le domaine du numérique.
Bénéficiaires, décaissements et conflits d’intérêts à vérifier
Les enquêteurs devront notamment vérifier l’existence effective des bénéficiaires enregistrés sur la plateforme e-FONIJ. Des recoupements avec les numéros d’identification nationale (NIN) et les contacts téléphoniques sont envisagés pour s’assurer de la fiabilité des données disponibles.
Les investigations devront également examiner d’éventuelles surfacturations dans le cadre des programmes financés, en particulier le Grand Prix FONIJ, ainsi que la gestion des subventions internationales non remboursables.
Le traçage des mouvements financiers constitue un autre volet important de la procédure. Le procureur spécial demande notamment des vérifications auprès de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) et des banques primaires afin d’identifier les responsables des décaissements et de contrôler le respect des procédures applicables.
Les enquêteurs devront par ailleurs rechercher d’éventuels conflits d’intérêts, notamment en déterminant si certaines entreprises bénéficiaires appartiennent à des agents du FONIJ ou à des personnes qui leur sont proches.
Une expertise comptable et des vérifications de terrain annoncées
Pour approfondir les investigations, le procureur spécial prévoit de solliciter la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) afin de retracer les flux financiers liés à la gestion du fonds.
Une expertise comptable réalisée par un expert agréé ainsi que des vérifications de terrain dans les différentes antennes du FONIJ sont également prévues.
Ces opérations devraient permettre aux enquêteurs de reconstituer les circuits financiers, d’examiner les conditions d’attribution des financements et d’évaluer la conformité de la gestion administrative et financière de l’institution depuis sa création.
L’ouverture de cette enquête préliminaire marque ainsi une nouvelle étape dans l’examen de la gestion des ressources publiques destinées à soutenir l’insertion professionnelle et l’entrepreneuriat des jeunes en Guinée.
Il convient toutefois de rappeler que les faits évoqués restent, à ce stade, des soupçons qui doivent être vérifiés dans le cadre de la procédure judiciaire. L’ouverture d’une enquête ne constitue pas une déclaration de culpabilité à l’encontre des personnes citées.
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