Il est des disparitions qui nous touchent au-delà de la tristesse. Elles nous ramènent à une époque, à des rencontres, à des conversations et à des voix qui ont accompagné notre propre parcours. La disparition de Sidya Touré est de celles-là.

J’ai eu le privilège, au cours de mon parcours de journaliste et d’homme public, de rencontrer à de nombreuses reprises celui qui fut Premier ministre de la République de Guinée et président de l’Union des Forces Républicaines.

Sidya Touré m’a accordé de nombreuses interviews. À chacune de ces rencontres, j’ai découvert ou retrouvé un homme dont la parole était à la fois directe, structurée et profondément politique. Il aimait expliquer, argumenter, défendre une conviction. Même lorsque les échanges étaient contradictoires, il y avait chez lui le souci de faire comprendre sa vision de la Guinée et de son avenir.

Ces entretiens appartiennent désormais à ma mémoire professionnelle et personnelle. Avec le recul, je mesure davantage la valeur de ces moments où, dans son jardin à la Minière, sous les cocotiers nains, face à un journaliste, l’homme politique acceptait de se livrer à l’exercice exigeant de la parole publique.

Mais aujourd’hui, je ne veux pas seulement rendre hommage à l’homme politique que j’ai interviewé.

En tant qu’ancien conseiller national du CNT, je veux saluer l’homme d’État.

Son passage à la Primature, son engagement politique, l’adoption et la conduite de l’UFR, ses prises de position sur les grandes questions nationales et sa participation, pendant plusieurs décennies, au débat public guinéen ont fait de lui une figure majeure de notre histoire politique contemporaine.

Nous pouvons avoir des lectures différentes de son action, de ses choix ou de ses combats. C’est précisément ce qui caractérise une démocratie vivante. Mais au moment où la mort nous impose le silence, il convient de dépasser les clivages pour regarder l’essentiel : un homme a consacré une part importante de sa vie à la chose publique et à la Guinée.

Je retiens surtout de Sidya Touré une personnalité qui ne laissait pas indifférent, un homme de caractère, attaché à ses convictions et à sa conception de l’État. Un homme qui a réussi à échapper à l’ethnie.

Je retiens également ces moments d’interviews, ces échanges parfois longs, ces questions auxquelles il répondait avec cette volonté de convaincre, mais aussi cette capacité à revenir sur les dossiers qui lui tenaient à cœur.

Aujourd’hui, cette voix s’est tue.

À sa famille, à ses proches, à ses compagnons de lutte, à mes amis Ahmed Tidiane Sylla et Platini Conté, et à tous ceux qui pleurent aujourd’hui sa disparition, j’adresse mes condoléances les plus attristées.

À la Guinée, je souhaite que nous sachions conserver de Sidya Touré ce qui appartient désormais à notre patrimoine politique commun : le souvenir d’un homme qui aura marqué son époque et dont le parcours mérite d’être transmis aux générations futures.

Pour ma part, je garderai le souvenir de l’homme que j’ai rencontré derrière le responsable politique, de la voix que j’ai souvent recueillie derrière le micro, et de l’homme d’État dont j’ai, au fil des années, observé le parcours avec l’attention du journaliste et, plus tard, le regard de l’écrivain et du parlementaire.

Que le Tout-Puissant lui accorde Sa miséricorde et l’accueille dans Son Paradis.

Reposez en paix, Monsieur le Premier ministre.

La Guinée perd un de ses fils ainés .

Nous perdons une voix.  L’Histoire, elle, gardera une trace.

Yamoussa SIDIBÉ -Commandeur de l’Ordre national du Mérite