À chaque saison des pluies, les images se répètent sous le pont de l’échangeur de Gbessia : routes inondées, véhicules piégés et citoyens excédés. Pourtant, derrière ces scènes devenues familières, se cache une problématique plus profonde : celle d’un système d’assainissement inadapté et peu entretenu. Alors que les interventions d’urgence se succèdent, la nécessité de solutions structurelles et durables s’impose.

Un système de drainage limité et obsolète.
Le bassin situé sous le pont de l’échangeur de Gbessia à proximité immédiate de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré est censé évacuer les eaux pluviales à travers quatre dispositifs de captage. Deux avaloirs placés sur le côté droit de la pente (sens Madina-Pont), dotés chacun d’une bouche de 60×20 cm, sans protection grillagée, laissent malheureusement passer les déchets solides. À cela s’ajoutent deux réceptacles installés au point le plus bas du bassin, eux aussi équipés de bouches grillagées de même dimension.
Ces quatre ouvrages partagent une canalisation souterraine commune, avec un seul regard de visite intermédiaire. En l’absence de protection efficace, les déchets solides et les boues s’y accumulent, réduisant considérablement la section de passage et rendant l’évacuation difficile. Résultat : l’eau stagne longuement sous le pont, année après année, malgré des interventions ponctuelles.
« Depuis des années, les mêmes opérations d’urgence sont répétées à chaque saison des pluies, sans résoudre durablement le problème. »
Des alentours également engorgés.
Aux abords du pont, la situation n’est guère plus reluisante. Du côté de Matoto, les caniveaux sont souvent obstrués par des déchets solides et des boues, réduisant la capacité de drainage. Lors des fortes pluies, les débordements finissent par alimenter directement le bassin sous l’échangeur, aggravant encore les inondations.
Côté Madina, la situation est plus critique encore. Les ouvrages de captage et d’évacuation des eaux du quartier Cité de l’Air sont soit dégradés, soit inadaptés. Lors de fortes pluies, les eaux dévalant les pentes transportent boues, déchets solides, et parfois même des cailloux. Ce flux saturé se dirige en grande partie vers le bassin sous le pont. Dans certains cas, les dalots de traversée de la 2×2 voies Fidel Castro sont totalement obstrués, empêchant toute évacuation.
Des pistes de solutions concrètes existent
Des mesures simples mais structurelles peuvent être mises en œuvre pour inverser la tendance :
Sous le pont de l’échangeur :
-Nettoyage complet et régulier du réseau (réceptacles, avaloirs, canalisation souterraine).
-Installation de grilles anti-déchets solides sur les bouches d’entrée des avaloirs.
-Ajout d’avaloirs, notamment côté Pont-Madina.
-Multiplication des regards de visite pour faciliter les curages.
-Réhabilitation des ouvertures de regards devenues bouches d’entrée
Dans les alentours :
-Nettoyage systématique des caniveaux, des dalots et des exutoires côté Matoto et Madina. -Réhabilitation des ouvrages hydrauliques du quartier Cité de l’Air.
-Mise en place d’un plan de suivi régulier et de maintenance
Et si le vrai défi était comportemental ?Derrière les défauts techniques et les limites infrastructurelles, une part importante de la problématique vient aussi des comportements. Le dépôt anarchique de déchets solides dans les caniveaux, l’absence d’entretien communautaire, le manque de sensibilisation sur l’assainissement de proximité… Tout cela participe à l’encombrement des canaux.« Le rendement des ouvrages d’assainissement dépend aussi du civisme des populations. »
Une réponse durable passe donc par une stratégie globale, mêlant réhabilitation technique, implication citoyenne et vision à long terme. Un autre volet essentiel, celui des déchets solides, fera l’objet d’un prochain article.
Conakry n’est pas condamnée à subir chaque saison des pluies. Des solutions existent. Il reste à les mettre en œuvre. Ensemble.
Balla Moussa Konaté, Ingénieur en pont et chaussée-Activeinfo24.com




